Depuis toujours j'aime écrire. Des pensées, des textes pour mes projets musicaux, mes créations de danse et de théâtre, ou même, simplement, un mot tout seul en minuscules ou majuscules, droit ou de travers comme un dessin sur le papier.

 

Voici quelques histoires et textes divers. Traces, supports de création, éléments de recherche ou simple matière à réflexion poétique, ou pas !

 

 

- A propos de mes expériences lors de mes deux séjours de recherche autour des danses traditionnelles d'Afrique de l'Ouest en 1980 et 1981à Bamako (Mali), Abidjan et Korhogo (Côte d'Ivoire) et Ouagadougou (Burkina Faso).

Emp /reinte

J'ai quitté Paris pour la terre d'Afrique à la rencontre de sa danse. Sa danse qui célèbre le souffle vital, le corps et l’esprit, la voix de la vie. 

 

Une danse en devenir questionnant sa source et qui marie l'infini et le temps de l'instant. L'inspiration incandescente de l'Afrique.

 

Une danse de peine et d'allégresse où, de circulations en circulations, mon corps rencontrai chaque jour un peu plus son axe dans le parallélisme instable d'un mouvement constamment bousculé par le rythme. 

De l'épuisement à la légèreté le souffle me portait toujours du squelette à la peau.

Là, mon esprit devenait l'essence des pas, l'esprit de l'énergie sécouée de sensations.

Des sensations de vie explosant dans mon corps pour être redonnées à la terre, puis, de la terre à mon corps, de mon corps à celui d'un autre danseur et de son corps au mien.

 

Cette danse m'a délivrée en articulant ma liberté.

Cette danse chaque fois m'a remplie d'espoir et de plaisirs fugaces mais profonds.

Cette danse m'a souvent posé la question de l'être.

 

Je me souviens encore, dans le silence ordonné par le rythme, comme il me semblait tout d'un coup pouvoir saisir les secrets du monde.

 

Cette danse, qui perpétue la réalité de l'être, m'a fait traverser des territoires où mon corps, élucidé, m'a conduit vers une autre conscience.

 

 

L'ex /ode

Il était là où il devait être.

Le paysage, confus pour le regard, s'étalait droit devant.

Et les lignes qu'il formait étaient indivisibles et la route, finalement, non visible.

Elle semblait n'exister que par ce qu'il fallait creuser, avancer, et creuser plus encore.

Tout oublier.

Il avançait avec une inexorable volonté construite sur les chemins et les remparts de ses faibles croyances.

La liberté n'était plus qu'une porte ouverte sur rien, sur le vide, sur la désespérance de ce monde.

Alors, attendre, dans cet espace se fermant à l'ouverture et regarder l'au-dehors comme si c'était dedans, dedans soi.

Pas d'autres échappées,

pas d'autres moyens que de ronger le bois,

écarter la brume, percer de ces os la glace régulière et s'enfoncer dans le néant.

 

 

 

 

Le précipice /

étoilé

Il y a quelqu'un qui marche.

Un homme et une femme métaphores d'hirondelles

qui partent en voyage depuis une gare n'existant qu'en eux mêmes.

Leur visage est tranquille et fécond.

 

La pluie leur sourit et chacune de ses gouttes tombe sur la cité déserte.

Ils courent, et quand retentit l'ébranlement de l'adieu ces amants entrent dans la mer.

 

Ils sont précipités dans des profondeurs striées de flammes, emplies de roches et de nuages rouges. Des enfants s'y baignent et des sirènes d'argent s'y balancent en dansant.

 

Alors ils tournent, se déploient dans l'onde transparente, s'aiment,

meurent et ressuscitent en dansant.

 

 

 

Mini /

chronique

Vies assemblées, vies, morcelées,

parodies et petits bobards.

Je nous vois, funambules respirant sur le fil, incapables d'endiguer cette force qui nous pousse à agir comme des chiens aveugles.

D'une pirouette nous façonnons nos états en résistance à l'assaut du temps.

Et nous rêvons, rêvons, et croyons encore et toujours.

Pourtant, au bout de la route, les enfants auront quitté nos corps.

 

 

- Evocations d'expériences dans le cadre de recherches en danse environnementale "in situ" et autres situations chorégraphiques.

 

Une pleine immersion /

dans les arbres

Une pleine immersion dans les arbres, dansant, sans l'ombre d'une pensée.

Pénétrant dans la vacuité ou le trop-plein de la nature, soumise au rythme du palpable et de l'aléatoire, je vibrais.

Ma parenté avec dame nature, parenté meurtrie et lointaine, renaissait de mon chant et de mes mouvements élémentaires. Ainsi, je dansais dans l'esprit du lieu.

Et ses coutumes, qui coulaient en moi à chacun de mes mouvements subtils, m'amenaient à la vie intense. Au point de rencontre où se s'entremêlent la mémoire des rituels anciens et les lois de mon corps en perpétuel devenir.

 

 

L'eau /luit

Contact de l'eau, contacts dans l'eau.

Se laisser guider : par ses spirales, ses ondulations et ses palpitations quasi imperceptibles.

Eau résistante, organique, qui écoute.

Se laisser happer par ses mouvements et se distendre à l'infini.

Dans une mobilité constante, ressentir, au plus profond de soi jusque dans ses veines chaudes.

En dansant dans l'eau je la redessine, en m'enveloppant, elle me transforme.

L'eau me communique ses rêves et mon imaginaire s'envole, sans limite.

"On ne rêve pas profondément avec des objets. Pour rêver profondément, il faut rêver avec des matières." Gaston Bachelard.

 

 

 

- Côte d'Ivoire, danse improvisée.

Instant /

de printemps

La noix de kola rugit son amertume, ici, les pensées rongent les arbres.

Alors j'attends que les pensées s'endorment pour qu'apparaisse la lumière des corps.

Et leur lumière se devine, dès qu'une litanie ardente s'installe aux tambours.

La chaleur dilate tout.

Nos organes frissonnent, nonchalances et tensions enlacées. Puis, le rythme se dit, par cette pulsation épanouie dans tous les corpuscules présents.

 

Ma cheville s'avance.

En harmonie, hiératique, elle se déploie dans une subtilité savante car je la laisse faire.

Mon corps habite la poussière,

la terre possède mes pieds.

Il glissent, se heurtent, se suspendent, exultent.

Humides et tremblants, mes talons peignent dans les airs.

Cercle.

Le message du percussionniste foudroie le ciel.

Mais jambes sont alors emportées dans une volupté et tanguent comme des mâts.

Elles apostrophent en spirale mes hanches,

mes bras aériens,

mon cou qui vibre,

mes yeux qui communient,

mes cheveux électriques !

Apnée.

Vibration absolue.

Germination.

 

La vie s'est distillée autour de ma colonne libérant, comme des spores, une vision jouissive, éphémère et lumineuse de l'être.

 

 

 

Dans le chaos /

de la création

Je cherche à réapprendre à mon être la terre, l'essence des choses, l’inhabité, l’équilibre des polarités.

Chair éprouve moi, sois le signe et l’instrument.

Conscience apprends moi l'insensé et l'estime.

 

 

 

PETIT conte /

Entre ciel et terre un homme respire, entre ciel et terre, un arbre inspire ce qu’il est à l’homme. Mais l'homme ne s'en inspirait guère.

Cela se passa un matin d'un jour ordinaire. La terre, se voyant tant souffrir, ne voulu plus porter et nourrir les hommes. La terre était lasse de devoir sans cesse se mutiler, de cyclone en séisme, pour calmer les ardeurs humaines meurtrières.

La terre était amère. Alors, elle décida de partir.

Comment allions nous marcher maintenant ? Comment vivre et comment réjouir nos corps d'images, d'odeurs et de couleurs ? Et où s'en iraient les souvenirs ?

La terre allait partir !

Pourtant, à la veille de son départ, la terre décida de convoquer les hommes.

Au pied d'une montagne elle les fît s'allonger et leur dit :

«si une fois seulement je pouvais revoir les hommes comme le vent, libres et dans la joie, chantant, je ne partirai pas. Puissiez vous trouver le chant qui fait fleurir l'amour dans les cœurs arides.»

Les hommes s'endormirent et glissèrent dans les plis de la terre.

Comme des ombres ils cherchèrent pendant des mois.

La peur, l'espoir, les rêves tenant bon de l'aube au crépuscule,

Pas à pas, souffle contre souffle, main de l'un dans la main de l'autre, sueurs à sueurs.

Le vent, invité au voyage, transformait petit à petit leur marche en un chant.

Leurs voix s'ajustaient, se déliaient, résonnaient dans un ravissement où leurs regards portaient ce chant bien au-delà du monde.

 

Ils chantèrent tant et tant qu'ils finirent par trouver le chant qui fait fleurir l'amour dans les cœurs aride car il dormait en eux.

 

Une minuscule parcelle terre souriait à l'intérieur de chacun.

 

 

 

 

- Propos sur un travail chorégraphique réalisé pour un bal à la Comédie de Caen dans le cadre du projet "les archivistes et le tabularium". Le projet : écrire, avec les habitants de la ville d'Hérouville St Clair une épopée fictive de cette cité nouvelle.

Incarné /

de bal

Sur le Parquet, le bal nous invite à renouer avec la force sociale de la danse. Du plus débutant au danseur expérimenté, tous se retrouvent, emportés par l’élan des musiques. Jeu, séduction, engagement physique, plaisir de la rencontre et de l’échange, la performance n’est alors pas de mise, ou, juste la sienne : la prise de risque de se laisser un peu aller !

 

Dans la rue, la ville nous incite à re-nouer avec les espaces et les corps entre eux. La ville nous traverse et nous modèle avec ces images fabriquées par le virtuel médiatique : l’homme fort, la femme sensuelle, la réussite à tout prix, la jeunesse obligatoire ou le pouvoir de l'expérience ! etc. Mais on est loin du réel, loin de la vérité des "vrais" corps, corps qui finissent par se désincarner à force de ne pouvoir exprimer leurs histoires, leurs besoins et leurs contradictions.

 

Par l'expérience d'un travail corporel allant jusqu'au bal, il était question de permettre que chacun puisse d'abord, se relier à lui-même pour se retrouver. Puis, s'autoriser à vivre et à partager avec l'autre, cette liberté conquise dans la danse.

 

Converser avec le corps de l'autre :

- d’un clin d’œil ;

- d’un frôlement de peau ;

- d'un geste en duo ;

- de mouvements tous ensemble ;

- d’un sourire ;

- d’une fragilité qui reprend ses droits ;

Dans un bal tout peut se rejoindre :  expériences, tempéraments, générations, ressentis, différences, désirs...

 

 

 

Silence /

cellulaire

Douceur / Absence

Divine / Tendre vanité / Désespoir / Paroles

Authentique / Passion / Déraison / Compassion / Silences.

Parce que l'on a trop peur, parce que l'on est trop lâche,

de quel amour parlons-nous ?

Je ne veux plus rien de tout car mes pensées me meurtrissent.

De quel avenir parlons-nous s'il est sans amour ?

 

 

 

Pensées partagées /

avec Yvonne Tenenbaum. Extraits

…. Et «quand bien même» … nous ne cesserions de confier tout notre être à la danse jusqu'à ce que, espiègle, elle nous offre une minute de grâce, de poésie du corps. Un corps devenu infaillible sous la conduite du maître qu'est cette divine sensation d'être libre.

(…) Oui la danse est éphémère.

Oui, notre danse meurt en naissant, unique à jamais, impossible à re-présenter et réveillant nos regards en hibernation.

(…) Car elle renaît sans cesse… vie et poétique préfiguration de la mort renouvelant à chaque mouvement l'insolent désir qui la porte.

(…) Fait sans fabriquer, va sans dire. Nous explorons tous les territoires parce qu'en dansant nous ouvrons le recueil de l'héritage humain. Redécouvrons des savoirs appris, transmis, sans mot. Retrouvons ses gestes collectifs, ses pensées fragmentées en élans ou tressaillements intimes, ses retraites, même, qui nous trahissent… ou nous réjouissent !

 

ECRits